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REGISTRES DU BUREAU
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DCCLXXXV. — Descente de la chasse madame s" Geneviefve.
22 juin 1567. (-- '7-''1 > -°1- 393 v°.)
Le dimenche, xxu0 jour de Juing mil vclxvn, pour la grande seicheresse W qu'il avoit aupara­vant faicte, de sorte que les bled, mesmes orges et avoynes ne povoient espier, fut descendue et portée
en procession la chasse madame saincte Geneviefve en la maniere acoustumée; durant laquelle proces­sion il plut en grande habondange <2'.
DCCLXXXVI. — [Lettres de la Royne.]
i 4 juillet 1567. (H 178-., fol. 3g4 r°.)
Le xnue jour de Juillet mil cinq cens soixante ct sept, ont esté envoyées à mons' de Villeroy les lectres de la Royne, dont la teneur ensuit :
A mons? de Villeroy, conseiller du Roy monsr mon fdl,
secretaire de ses finances
et Prevost des Marchans de Paris.
"Monsr de Villeroy, pour aucunes choses que j'ay à vous faire entendre concernant le bien de la ville de Paris, je vous prie me venir trouver icy demain de bon matin, et admener quant et vous deux des Eschevins delad. Ville; priant Dieu, monsr de Ville­roy, vous donner ce que desirez.
"D'Escouen, le xiiii0 Juillet v'ixvn W.­Signé : CATERINE. Et au dessoubz : de l'aubespine.
Incontinant lesd, lectres veues, mond. sr dc Ville­roy, acompaigné de mess" Bourgeois et de Bray, sont allez en dilligence vers la Royne, et auroit led. sr Prevost des Marchans apporté au Bureau le me­moire, dont la teneur ensuit :
"Pour pourveoir aux meurdres, assassinatz, excez et insolences qui se commectent chascun jour en la ville de Paris(4), où il semble estre besoing de plus forte main que celle de la justice ordinaire, le Roy
O Le chroniqueur Claude Haton parle en ces termes de la sécheresse de l'année 1567 : "I-6 printemps de ceste année fut fort sec ethasleur, avec ung vent de bize qui dessechea la terre de telle sorte que les mars, Chamvres et aultres biens de la terre demeu­roient faulte de pluye. Aussi, toutes les églises et parroisses de la France faisoient processions el prieres publiques, afin d'avoir la grace de Dieu et de la pluye pour arroser les biens de la terre.» (Mémoires de Claude Haton, t. I, p. 5o8.)
'2) Le greffier du Parlement s'étend assez longuement sur cette procession générale, cordonnée pour implorer la grâce de Dieu pour l'indisposition du temps trop sec, nuysible aux fruictz de la terren, insistant outre mesure sur le rang de la Cour, tant dans la rue que dans l'église do Notre-Dame. Le Parlement partit à cheval à 8 heures du matin pour se rendre à Sainte-Geneviève, où il rencontra le duc de Montpensier qui prit place dans le cortège à la gauche du premier président; les conseillers se trouvaient à la droite de la rue, et les gentilshommes formant la suite du duc marchaient à gauche; derrière eux les Prévôt des Marchands et Echevins, aver, les autres otliciers de la Ville. La messe fut célébrée à Notre-Dame par l'évêque de Paris ; le Parlement occupait tout le chœur; le duc de Montpensier avec sa suite se tenait en face du grand autel; quelques sièges du côté gauche avaient été réservés pour l'Echevinage, et le dernier siège du bas à droite pour l'abbé de Sainte-Geneviève. D'après le témoignage du mème greffier, pendant toute la durée de la procession, la pluie ne cessa de tomber. (Arc4u.es nationales, Parlement de Paris, X1" 1621, fol. 433 r°.)
(3> Co billet de la Reine Mère à M. de Villeroy a été omis par M. de la Ferrière dans son recueil des Lettres de Catherine de Mé­dicis; il est mentionné par D. Félibien, qui analyse très sommairement les délibérations portant élablissement de cent hommes par quartier pour prévenir les assassinats fréquents dans Paris. (Histoire de la ville de Paris, preuves, t. V, p. 4oi.)
W Les minutes criminelles du Parlement nous renseignent sur ces -meurtres, assassinats, excès et insolences» qui se commetlaient journellement à Paris et causaient une profonde perturbation; il n'y avait plus aucune sécurité et les malfaiteurs opéraient mème en plein jour. C'est ainsi que le dimanche 17 juillet, entre 7 et 8 heures du matin, deux gentilshommes, Bertrand de Pardailhan, baron de la Motle-Gendrin, et son frère Annibal de Pardailhan, avec leurs serviteurs, furent assaillis, rue de la Monnaie, par un soldat sans emploi, Raymond Deseiches, etun faiseur d'aiguilles, Pierre Delgad; le Châtelet instruisit leur procès et en raison crdes bles-seures, navreures et excez par eux commis par assassinat et guet apens», condamna le premier à être pendu au carrefour de la Croix-du-Trahoir, le second à assister à l'exécution, y être fustigé de verges et envoyé aux galères pour neuf ans. Le Parlement trouva la peine trop douce et, faisant droit à l'appel du substitut du procureur général, par arrêt du 17 juillet, condamna Delgad à être pendu à une potence mise au carrefour du Gros Tournois, près de Saint-Germain-de-l'Auxerrois. Indépendamment de ces attaques à main armée dans la rue, des complots se tramaient contre des personnes occupant une situation considérable; le 5 août, le Parle-